A la découverte de Séquana Déesse de la Seine

Depuis quand parle-t-on de Séquana ?

Pourquoi certains l’appellent-ils déesse de la Seine et d’autres la nymphe de la Seine ?

A l’heure actuelle où l’on voit fleurir de plus en plus le nom de Séquana dans les imprimés, dans les médias et en tant que nom de société, une question interpelle. Depuis quand parle-t-on de Séquana ? A quel moment ce nom est-il apparu en tant que divinité de la Seine ?

Pour répondre pleinement à cette question, il faut replacer les faits et les découvertes dans leur ordre chronologique.

Le peuple des Séquanes.

Tout d’abord, notons qu’il existait un peuple celte (ou gaulois selon les appellations) qui portait le nom de « Sequane». Le territoire des Sequanes touchait l’endroit où se trouvent les sources de la Seine.

Ce peuple a toujours été connu des historiens tout au long des siècles, et ce, depuis l’époque même de Jules César (qui en parle dans son ouvrage « La Conquête des Gaules ») jusqu’à nos jours.

Divers autres ouvrages font référence aux Séquanais soit en tant que nom propre (membre du peuple des Séquanes) soit en tant qu’adjectif.

Les historiens ne connaissaient pas de déesse de la Seine ni de déesse Séquana.

Après la Conquête de la Gaule, les peuples ont changé de civilisation. Les savoirs de jadis ont disparu. Les siècles ont tout éteint. Puis vint le temps de l’écriture et des Lettres.

Si les historiens et les lettrés connaissaient fort bien les Séquanes, leur territoire, leurs faits d’armes, ils n’ont jamais évoqué une déesse de la Seine, à fortiori, ils ne l’ont jamais nommé déesse Séquana puisqu’ils en ignoraient l’existence.

Existait-il un mythe de Séquana déesse de la Seine ?

Il ne pouvait exister aucun mythe de Séquana, par le simple fait que personne ne connaissait l’existence de la déesse Séquana.

La nymphe de la Seine.

En revanche, il y eut au XVII° siècle, un homme de lettres, Jean Racine, davantage connu pour ses tragédies (Phèdre, Andromaque) que pour sa poésie, qui composa à l’occasion du mariage de Louis XIV une ode en hommage à la nouvelle reine (Marie-Thérèse d’Autriche, fille du roi d’Espagne). Date : 1660. Dans ce poème, il faisait la gloire du pays de France (et de l’Espagne unis par ce mariage). Pour ce faire, il personnifia la France par son fleuve, « la Seine », et personnifia la Seine par une nymphe qui s’adressait à la nouvelle reine de France et lui présentait ses hommages. Il l’appela « la Nymphe de la Seine » .

Il s’agissait d’une création poétique, une figure de rhétorique permettant à l’auteur de présenter ses propres hommages par le biais d’un personnage qui n’existait pas.

Ce poème offert à la reine à l’occasion de ses noces fut bien évidemment remarqué par les contemporains de Racine. Quelques artistes s’emparèrent de l’idée et firent à leur tour référence à cette fameuse nymphe. Ils lui inventèrent au passage des aventures de leur crû. En effet, Racine ne présentait aucunement la nymphe dans son poème. La nymphe se contentait qu’exprimer ses hommages à la Reine. Donc, ces auteurs furent bien obligés d’inventer quelque chose pour intéresser leur auditoire. Ils imaginèrent ce qui leur passait par la tête, invitant notamment Bacchus et compagnie pour enrichir leurs propos. Bernardin de Saint-Pierre, par exemple, imagina une petite histoire faisant intervenir Bacchus, Poséidon et Cérès (il s’agissait bien sûr d’un roman, d’une oeuvre d’imagination).

Le grand Jean-Baptiste Lully s’inspira de ces écrits pour introduire la nymphe de la Seine dans une de ses tragédies musicales intitulée « Alceste », composée en 1674. L’imagination aidant, il créa dans la foulée, la nymphe des Tuileries et la nymphe de la Marne. Ces belles jeunes filles font leur apparition dans le prologue,dansent et chantent. Ce ne sont pas les personnages principaux, elles introduisent en quelque sorte cet opéra.

Nous le voyons donc. Il ne s’agissait pas d’un mythe venu de l’Antiquité. Mais d’une invention du XVII°. Et tout ceci n’a bien sûr rien à voir avec la déesse Séquana que nul ne connaissait à cette époque.

Attention aux confusions.

Il s’agit de deux personnages différents, la nymphe étant une création poétique et artistique du XVII°. Aussi, prenons garde à ne pas confondre la déesse de la Seine et la nymphe de la Seine.

Comment a-t-on découvert la déesse Séquana ?

Deux personnes importantes sont à l’origine de la découverte de la déesse Séquana : l’abbé Richard et Henri Baudot.

1) L’abbé Richard étudia attentivement un bronze (sculpture en bronze) représentant une galère surmontée d’un galérien et découverte par hasard en 1763 à Blessey (à 2 km des sources).

Sans doute était-il suffisamment cultivé pour reconnaître en cette oeuvre d’art un ciselage remontant à l’Antiquité la plus rayonnante. Il ne nous a pas expliqué le schéma de ses déductions et de ses analyses, uniquement ses conclusions. À savoir, qu’il devait exister autrefois dans les alentours un temple consacré à un dieu gaulois ou gallo-romain, lequel aurait personnifié le fleuve Seine. Il n’avait aucun doute à ce sujet. Quelque part, tout proche, il existait un temple dédié à un dieu de la Seine.

Important.

Retenez bien ceci ! En 1763 tout le secteur alentour n’était que prairies et forêts. De surcroît, ainsi que nous l’apprend Henri Baudot, on croyait communément qu’un étang (l’étang de Grillande) était la source de la Seine.

2) Henri Baudot. Il s’est attaché à convaincre les autorités d’ouvrir une campagne de fouilles.

En effet, après avoir étudié les documents de l’Abbé (70 années auparavant), il en conclut également qu’un temple dédié à un dieu de la Seine avait dû s’élever dans les environs. Toutefois, à l’inverse de l’abbé, il détermina que ce temple devait se trouver à la source de la Seine.

En 1836, après accord des autorités (et financement évidemment), il entreprit ses recherches sur le terrain.

Dans un premier temps, il découvrit que le point d’origine de la Seine (la source) était non pas l’étang de Grillande, mais une parcelle de terrain à 1 km de là servant de pâturage au bétail. Il nota par ailleurs qu’il existait non pas une source unique à la Seine, mais trois.

Ayant désormais localisé la véritable source de la Seine, il débuta les fouilles archéologiques, défrichant puis creusant le sol de la prairie.

Surprise : une déesse de la Seine !

C’est durant cette campagne de fouilles qu’il mit au jour le temple si longtemps recherché, mais surtout découvrit avec stupeur que la divinité en l’honneur de qui il avait été érigé n’était pas un dieu personnifiant la Seine, mais une déesse.

De nombreux objets exhumés des ruines du temple révélaient même son nom, gravé sur la pierre et le métal, « Dea Sequana », à traduire par « Déesse Séquana ».

On parle enfin de Séquana déesse de la Seine.

C’est donc depuis cette date – depuis les fouilles de 1836 – que l’on découvrit l’existence de Séquana.

On prit conscience également de son importance considérable pour les Gaulois de l’Antiquité. À leurs yeux, c’était une déesse de grand prestige qu’ils considéraient comme réelle. Ils venaient en nombre lui rendre hommage et demander la guérison de leurs maux.

Le parc des sources.

Le nom de Séquana se répandit surtout après l’inauguration aux sources de la Seine d’un parc créé sous l’égide du Baron Haussmann. La presse de l’époque relata l’événement, touchant ainsi une plus large audience. Un public plus nombreux apprit dès lors qu’il existait une déesse de la Seine appelée Dea Sequana (déesse Sequana, prononcée Séquana).

D’autres campagnes de fouilles prolongèrent les découvertes. De nouvelles sculptures et oeuvres d’art, de nouveaux lieux et constructions encore enfouis sous le sol cette ancienne prairie. Ces fouilles s’échelonnèrent jusque dans les années 1960.

Toutefois, l’abondance des objets révélés au grand jour ne permet pas d’apporter une connaissance réelle de la déesse Séquana. Ils fournissent quelques informations, rien de plus. En l’absence de documents papier, doublée du fait qu’aucun écrivain, historien, biographe (du temps de Jules César jusqu’à 1836) ne l’a jamais évoquée dans aucun ouvrage, on ne sait rien sur la déesse.

Création d’un faux mythe de la Seine et de Séquana.

Cette absence d’informations conduisit quelques personnes à combler ce vide au sujet de Séquana en prenant ce qu’elles avaient à portée de main. Et ce dont elles disposaient c’était ce fameux poème de Racine (en hommage à la Reine Marie-Thérèse, épouse de Louis XIV), qui inspira Lully et quelques autres. Ils « collèrent » donc à Séquana les inventions poétiques de l’auteur au sujet d’une nymphe, créant ainsi une confusion entre les deux personnages.

Conséquence de cette confusion entre la déesse Séquana et la nymphe de la Seine ?

La plus importante conséquence de cette confusion est de présenter la déesse Séquana comme un mythe. Or ce n’est pas le cas.

Il ne s’agit pas d’un conte pour enfants, un de ces contes qu’on lit dans les ouvrages du style « contes et légendes de…» qu’on raconte à tour de bras en sachant pertinemment que rien n’est réel.

Dans le cas de Séquana, c’est tout le contraire. Il n’y a pas de « mythe de la Seine » ni de « mythe de Séquana », mais une réalité concrète. Ce que révélèrent les ruines aux sources de la Seine. Séquana n’est pas une invention de l’esprit. Les Gaulois lui rendaient hommage. Ils lui avaient érigé un temple de grande splendeur et y venaient nombreux en l’espoir d’une guérison ou pour exaucer un voeu. Pour les Gaulois, ce n’était pas quelque chose d’imaginaire, elle existait réellement.

Origine de Séquana.

Qu’il soit bien clair qu’à ce jour, nul ne connait avec une certitude absolue l’origine de Séquana, car il n’existe aucun document qui parle de la déesse de la Seine. Ce n’est que par l’étude de ce qui fut découvert dans les ruines du temple, mis en relation et recoupé avec les documents existants relatant les coutumes celtes et gauloises qu’une explication fut apportée quant à son origine.

Cette étude est détaillée dans le livre « Le fabuleux passé des sources de la Seine ».

Chronologie rapide de Séquana.

– 1763. Découverte d’une galère en bronze et soupçon de l’existence d’un dieu du fleuve.

– 1836. Campagne de recherche du temple de ce dieu fluvial. Découverte du lieu véritable des sources de la Seine. Découverte des ruines d’un sanctuaire gaulois. Découverte non d’un dieu, mais d’une déesse de la Seine. Découverte de la « Dea Sequana », déesse Séquana. Découverte de la date de la fondation et de la destruction définitive du sanctuaire.

– 1867. Inauguration du parc des sources financé par la ville de Paris qui en acheta le terrain auparavant.

– XX° siècle. Autres campagnes de fouilles et découvertes des nouvelles sculptures dont celle que l’on détermine comme représentant la déesse.

Notamment, les fouilles menées par Monsieur Henry Corot qui découvrit un bronze parfaitement conservé que les archéologues considère être la représentation de Séquana. Il y eut aussi la découverte des bois sculptés grâce à la campagne de Madame Simone Deyts et monsieur Roland Martin. (Nous développerons le thème de ces campagnes dans une page spécifique.)

– XX° et XXI°. Le nom de Séquana se répand dans le grand public. Des sociétés adoptent son nom comme intitulé de leur entreprise.

Confusion chez certains entre la déesse Séquana vénérée par les Gaulois et un poème de Racine imaginant la Seine comme une nymphe. De ce fait Introduction d’une fausse légende Séquana.

– XXI° siècle. La presse s’intéresse de plus en plus à la source de la Seine. Reportages télé et magazines se succèdent. Intérêt grandissant du public.

En résumé.

Les Gaulois de l’Antiquité vouaient un culte particulier à Séquana.

Ils avaient érigé un temple de grande dimension pour accueillir le public qui venait en nombre lui demander guérison de leurs maux. Des objets gravés à son nom, « Dea Sequana », furent trouvés dans les ruines du temple.

Toutefois, à part ces gravures, aucun autre document ne nous mentionne son existence, si bien qu’après la destruction du temple, le nom de Séquana en tant que déesse de la Seine tomba dans l’oubli.

La déesse Séquana nous apparaît brusquement en 1836, par un hasard total, à l’issue des fouilles archéologiques effectuées aux sources de la Seine.

Ce n’est qu’à partir des découvertes d’Henri Baudot (qui dirigea les fouilles de 1836) que la presse et la littérature se mirent à parler de Séquana en tant que déesse de la Seine et que son nom se répandit.

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Pour en savoir plus.

Un ouvrage a été publié, qui décrit dans le moindre détail comment est apparu le mythe de la nymphe de la Seine. Vous en trouverez une présentation dans la rubrique « Livre », ou en cliquant sur la page « Séquana nymphe ou déesse de la Seine ? » .

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Informations complémentaires.

Pour des informations complémentaires au sujet du livre présentant le passé des sources de la Seine ainsi que l’histoire de Séquana, cliquez sur « Le fabuleux passé des sources de la Seine » et pour en savoir davantage sur Séquana, elle-même, et sur ces différentes facettes,  cliquez sur l’onglet général intitulé « Séquana » .

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